Mon histoire

 

MON ENFANCE

 

Je veux simplement ici vous faire un portrait de mon enfance afin que vous sachiez ce qui a fait de moi ce que je suis devenu aujourd’hui. Ce n’est certainement pas mon intention ici de me plaindre. Je me rappelle mon enfance comme étant une des périodes les plus agréables de ma vie, c’est également une des périodes les plus importantes. Je ne regrette aucun des moments que j’ai passés à Saint-Alexis de Matapédia, où je suis né. J’y ai appris le partage et la tolérance mais, surtout, nous avons appris à nous aimer LES UNS LES AUTRES et à VOIR DIEU EN CHACUN. Je crois que nous formons encore aujourd’hui une famille très unie. Je suis particulièrement reconnaissant envers mes sœurs qui ont su maintenir l’unité familiale en organisant souvent des réunions familiales. Aujourd’hui, c’est moi qui désire faire l’unité de la famille humaine de toute la Terre.

 

Je suis né le 19 octobre 1950 à Saint-Alexis de Matapédia où j’ai grandi dans la foi. J’ai reçu une éducation chrétienne dans une famille de quinze enfants. Un de mes frères est décédé accidentellement, c’est arrivé bien avant ma naissance. Il était âgé de deux ans et demi environ.

 

Mes parents exploitaient une ferme familiale, mais les revenus étaient restreints. Donc les moyens financiers de notre famille étaient modestes. De plus, le jour de mon premier anniversaire de naissance la maison familiale brûlait complètement. À cette époque, nous avions un poêle à bois ainsi qu’un système de chauffage également au bois. Une étincelle s’était échappée de la cheminée et avait embrasé le bardeau de bois qui recouvrait la maison. Comme mon père était absent, ma sœur a pris le tracteur de ferme pour aller aviser les voisins, à deux kilomètres de chez mes parents. À leur arrivée, il semble qu’ils ont sorti quelques meubles de la maison et se sont assurés que les animaux n’étaient plus dans la grange car le feu menaçait également ce bâtiment qui était situé à peu de distance. C’est tout ce qu’ils ont pu faire, selon ce qu’on m’a raconté.

 

La situation financière de mon père ne s’est donc pas améliorée. Mais grâce au travail et à la contribution de chacun, nous n’avons jamais manqué de l’essentiel. J’étais le treizième de cette famille et mon enfance s’est bien passée en général et je dirais que j’étais un jeune garçon comme il y en a beaucoup d’autres. Je garde de très bon souvenirs de mon enfance. En septembre 1956, ma mère avait réussi à me faire admettre à l’école. Je suppose qu’elle devait commencer à trouver lourd de s’occuper des enfants puisqu’il y en avait deux autres plus jeunes que moi.

 

En parlant de notre mère, elle n’acceptait pas que nous manquions la messe le dimanche, qu’il fasse froid ou pas. Alors mes frères attelaient le cheval et nous nous rendions au village à 7 km et nous allions assister à l’office religieux. Il faut dire que les charrues ne passaient pas dans notre rang dans ce temps-là. Et, durant tout l’hiver, nous devions passer au travers des champs avec un traîneau tiré par un cheval.

 

Ce n’est qu’à l’automne 1963 que la municipalité a eu les équipements lui permettant d’entretenir les chemins pendant l’hiver. Je suppose que la paroisse avait obtenu une aide financière gouvernementale. Heureusement, parce que cet automne-là je quittais l’école primaire et je doute que mon père m’ait permis d’aller à l’école du village car il aurait dû payer pour que je demeure en pension quelque part. Et il payait déjà pour mes deux sœurs aînées.

 

Comme je l’ai déjà mentionné, nos moyens financiers étaient modestes et pour Noël les cadeaux n’étaient pas très nombreux. Ma mère achetait des fruits, des bonbons et du chocolat et elle nous faisait des bas de Noël qu’elle accrochait près de la cheminée. Quand mes sœurs aînées ont quitté la maison familiale pour se rendre en ville pour y travailler, elles ont pris l’habitude de nous acheter des cadeaux qu’elles apportaient lors de leur visite du temps des fêtes. Inutile de mentionner que leurs venues à l’occasion du temps des fêtes étaient très attendues. Bien sûr, nous avions hâte de les voir, c’est tout…

 

Je suis particulièrement reconnaissant envers Claire, maintenant décédée, qui avait accepté de me donner l’hospitalité lorsque, à l’âge de seize ans, j’ai quitté à mon tour le domicile familial pour venir travailler à Montréal. J’ai habité chez elle à compter de septembre 1967 et j’y suis resté pendant cinq ans.

 

Quelques mois avant mon départ pour la grande ville, mon père m’avait offert la ferme familiale. Je sais que j’étais son préféré et c’est la raison pour laquelle il désirait tant que je sois celui qui en hérite. J’ai toutefois refusé son offre par souci d’équité, sachant bien que mon frère Philippe travaillait fort sur la ferme depuis son enfance et qu’il la méritait plus que moi. Pour ma part, j’avais une grande confiance en moi et mon ambition était de devenir agent de police.

 

Mon père fut très déçu et je crois qu’il avait encore ce souvenir en mémoire le soir de mon départ. Il refusa de me serrer la main avant que je parte, ce qui me troubla un peu. Il me dit, avec raison, qu’il pouvait envoyer les policiers me chercher puisque je n’avais pas atteint l’âge de la majorité. C’était le 20 septembre 1967 et je n’avais même pas encore dix-sept ans. Je savais qu’il ne mettrait pas la police à mes fesses puisqu’il connaissait ma destination, soit chez ma sœur Claire. De plus j’étais assuré ou presque d’un emploi à l’Institut de recherche de Montréal où travaillait ma sœur Rose. Elle avait parlé de moi à sa patronne, Madame Dagenais, qui était à la recherche d’un commis. À la demande de ma sœur, elle avait accepté d’attendre mon arrivée en ville. Donc, dès le lundi suivant mon arrivée, je me présentai au bureau de Madame Dagenais. Elle sembla suffisamment satisfaite pour me faire rencontrer l’administrateur, un homme d’une quarantaine d’années, fort gentil, qui me fit passer une entrevue pendant laquelle je réussis à le convaincre de m’engager : le jour même je commençais à travailler.

 

Mais mon but premier, et depuis toujours, était de devenir membre du service de Police de la ville de Montréal. Donc, dès le lendemain, je rencontrai le directeur de l’école Cherrier, M. Lafond et je fus admis, même si la session était commencée. J’ai donc fréquenté cette institution privée pendant deux ans.

 

Profession: policier